
SIDA, avant les trithérapies on en mourrait
Les premiers cas identifiés de Sida sont décelés en 1981. D’abord vu comme une maladie d’homosexuels ou de toxicomanes, c’est une pandémie qui se développe rapidement et au delà de ces seules populations. Découverte du virus en 1983, tests de dépistage en 1985, premiers traitements à l’AZT en 1987. C'est au milieu des années 90 que Guillaume Atger va, juste avec un Leica et pendant plusieurs mois, se fondre dans les services spécialisés des hôpitaux lyonnais et les associations de soutien aux malades. Ce n'est qu'en 1996 que les premières trithérapies apparaîtrons, ouvrant la voie à une vie "normale" pour les malades.
1 janvier 2026
Guillaume Atger
En novembre 1994, un ami, Jean-Luc Estournel, Délégué Général de l'association Etudiants Contre Le Sida, souhaitant interpeller la société sur cette maladie, me propose de réaliser un reportage de fond dans deux services hospitaliers lyonnais, l'Hôpital Edouard Herriot, et l''Hôtel-Dieu.
Durant trois mois, je me suis immergé au quotidien dans ces deux services. Vêtu d'une blouse blanche, un simple Leica autour du cou, j'ai pu accompagner les soignants, rencontrer les malades, leur expliquer la raison de ma présence, leur demander la permission de les photographier tout en leur promettant qu'ils ne seraient pas reconnus s'ils souhaitaient conserver l'anonymat.
L'accueil des uns et des autres a été particulièrement chaleureux, malgré la gravité de la situation. La trithérapie n'étant pas encore sur le marché, les jeunes hommes et les quelques jeunes femmes que j'ai alors croisés n'avaient aucune chance de guérison.
Un an plus tard en novembre 1995, poursuivant mon travail en immersion, j'ai pu être le témoin de rencontres initiées par le Groupe Loisirs de l'association AIDES qui organisait chaque semaine un repas autour duquel échangeaient bénévoles et malades du Sida. Puis la Maison d'Hestia, en 1996, toujours à Lyon, lieu de repos pour personnes atteintes de cette maladie, m'a ouvert ses portes et permis de rencontrer encore d’autres patients.
Au cours de ses multiples reportages, les affinités aidant, j'ai pu accompagner certains malades dans leur vie quotidienne, chez eux, chez des amis, ou en extérieur. Dolorès, Alain, Alain A., Daniel m'ont ainsi dévoilé une partie de leur vie privée.
Malgré leur état, ils n'avaient de cesse que de militer, en s'engageant, afin d'inciter chacun à réfléchir sur sa relation avec les personnes atteintes de cette maladie nouvelle qui faisait beaucoup fantasmer à l'époque.
Trente ans se sont écoulés depuis, quasiment aucun d'eux n'avait atteint cet âge lors de nos réchanges, et aujourd’hui même s’il se soigne mieux, le Sida est toujours là. Le Sida, pour le vaincre, c'est, encore et toujours, tous ensemble.

